Dernier hommage à Vicente Garcia Riestra
hommage à Vicente Garcia Riestra

Dernier hommage à Vicente Garcia Riestra

Lors de la cérémonie d’adieu à Vicente Garcia Riestra, José Garcia, président de la Coordination Caminar, a pris la parole en ces termes…

Vicente Garcia Riestra était le dernier espagnol encore vivant déporté au camp de concentration nazi de Buchenwald

« Je représente ici Caminar, la coordination nationale des descendants et amis des exilés de l’Espagne républicaine, qui regroupe 18 associations dans l’hexagone. Je suis membre également de Ay Carmela, association girondine, où sont présents également Cristina Sans et Jean-Pierre Darmendrail.
Vicente est né le 20 janvier 1925 à Pola de Siero dans les Asturies, dans une famille ouvrière comptant dix enfants. Il avait 11 ans au moment du coup d’état fasciste en Espagne. Son père, militant de gauche, participe activement au soutien à la République espagnole dès 1936 et est arrêté en octobre 1937 par les rebelles franquistes puis fusillé le 4 mars 1938 à Oviedo avant d’être jeté dans une fosse commune tout comme son frère José exécuté quant à lui en octobre 1937.
C’est à partir de ces évènements que tout bascule pour Vicente. Sa destinée change radicalement de cap. Évacuée vers Barcelone en 1937, une partie de sa famille quitte l’Espagne en février 1939. Il arrive seul en France puis rejoint des membres de sa famille réfugiés en Dordogne. Il se rapproche alors des groupes de Résistants Francs-Tireurs et Partisans (FTP-F) de Nontron. Arrêté le 22 décembre 1943 avec une trentaine de ses camarades, il est interrogé par la Gestapo, conduit au camp de Compiègne puis transféré à Buchenwald, le 24 janvier 1944, sous le matricule 42 553. Désigné pour travailler à la cuisine, il est intégré à l’organisation clandestine du camp. Il s’implique immédiatement dans le réseau de résistance clandestin du camp jusqu’à la libération de ce dernier le 11 avril 1945. Il regagne la Dordogne où il retrouve une partie de sa famille. En Espagne, outre son frère engagé auprès des Républicains, disparu en 1937, sa sœur et un autre de ses frères ont été emprisonnés.
Il s’est toujours attaché à faire vivre la mémoire des idéaux et des combats des Républicains et déportés espagnols notamment en direction de la jeunesse. Le 26 septembre 2017, la commune de Trélissac lui a rendu hommage en donnant son nom à une rue. Le 20 avril 2018, il est présent à Billère pour l’inauguration de la rue Virgilio Peña Cordoba, déporté comme lui à Buchenwald.
Vicente, ce jeune homme de 94 ans vient de nous quitter. Héros en France et inconnu en Espagne, il va nous manquer. Oui, ce passeur de mémoire va manquer aux associations mémorielles, mais pas seulement. Il va manquer à ces centaines de collégiens, de lycéens, jeunes aujourd’hui, hommes demain, à qui il leur restituait l’Histoire avec un grand « H », l’Histoire qu’il a vécu, avec, entre autres, ce message : « plus jamais ça ! » Quand il parlait, tous étaient à l’écoute, dans un silence total. Oui, cet homme a vécu l’horreur. Oui, cela a vraiment existé. Ce message, il n’y a que Vicente et ses camarades d’infortune qui peuvent le faire passer. Ce message, que les associations mémorielles tentent , à leur tour, de faire passer, n’a pas le même poids que celui donné par Vicente. De plus, Vicente avait ce duende – mot indéfinissable, intraduisible – qui fait que lors de ses rencontres avec les jeunes, tous étaient captivés par les propos de cet homme, survivant de l’enfer nazi. Avec la disparition de Vicente, c’est encore une partie de nos mémoires qui part avec cet homme hors du commun. Vicente devait participer à la Journée de l’Exil, à Bordeaux, le 25 mai prochain à l’invitation de Ay Carmela. A cette journée, consacrée au 80è anniversaire de la Retirada, ce sont 4 femmes qui vont intervenir, dont Geneviève Dreyfus Armand, la référence en France sur l’exil des Républicains espagnols. Il sera le grand absent… Un hommage lui sera rendu au cours de cette journée qui lui sera entièrement dédiée. Michel, tu peux être fier de ton père ! Tes enfants peuvent être fiers de leur grand-père ! Tes petits-enfants peuvent être fiers de leur arrière grand-père ! Nous tous ici nous pouvons être fiers de Vicente !
Te echaremos de menos, Vicente. Gracias compañero. »

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