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A Domérat avec le CMRE, les enfants volés et le film « Enterrar y callar »

Le 16 novembre 2018, le Collectif pour la Mémoire de la Seconde République Espagnole – CMRE – a organisé au Centre Albert Poncet, à Domérat (Allier), une projection du film « Enterrar y callar » (Enterrer et se taire) en présence de la réalisatrice, Anna LÓPEZ LUNA. Une centaine de personnes a assisté à la projection qui a été suivie d’un débat.

Ce film traite des rapts de nouveau-nés dans des hôpitaux publics espagnols, à partir de la fin de la guerre civile, en 1939, pour les soustraire à l’influence « néfaste » des Républicains, et les élever dans la « vraie foi »… Ces vols se sont poursuivis jusque dans les années 90. A la suite de contacts avec une association de victimes, Anna LÓPEZ LUNA a entrepris de parcourir l’Espagne pendant trois semaines avec son père, pour un « voyage en enfer » comme celui-ci l’a appelé, lui n’osant même plus, à la fin, assister à ces entretiens si douloureux. Elle a ainsi enregistré 64 témoignages, dont une vingtaine est incluse dans le film, réalisé en 2014. Une histoire déterrée, qui donne la parole aux victimes : mères, pères et parfois enfants devenus adultes.

« Des années 1940 à nos jours, du franquisme à la démocratie, de nombreux enlèvements d’enfants ont été organisés par des médecins, des membres de l’Eglise Catholique, des responsables de l’administration médicale, juridique et funéraire. Ces enlèvements ont été rendus publics en 2010, lorsque des parents ont compris que leurs enfants n’étaient pas morts à l’hôpital, et que des adultes se sont rendu compte que leurs identités biologiques étaient fausses ». « Dans ce film, les témoins s’efforcent de nous décrire leurs expériences, à l’aide de détails très précis, comme une forme de résistance, nous dit Anna LÓPEZ LUNA, pour que leur parole ne soit pas interprétée comme un simple délire. » Au début du film, Francisca, à qui l’on a volé son enfant, rappelle le vieux dicton répété souvent par les mères autrefois : « Attention, l’homme au sac viendra ! ». Il est venu bien des fois depuis 1939 en Espagne…

Une histoire de mémoire qui a beaucoup de mal à réapparaître… Tous ces gens qui se battent, se font parfois insulter, et sont minoritaires, au milieu d’une hostilité très active et virulente face à cette mémoire. Le public, attentif et réactif, a posé de nombreuses questions à la réalisatrice, ainsi qu’à Gérard Malgat qui a travaillé également sur ce sujet, notamment sur l’aboutissement des démarches entreprises par les familles. La plupart de ces dossiers sont actuellement classés par la justice. Les familles interrogées dans ce film n’ont rien obtenu. Pourtant, récemment, un médecin vient d’être reconnu coupable, mais les faits sont prescrits… Un film qui nous a aussi rappelé d’autres événements, d’autres pays. Un film à faire connaître par nos associations.

                                                                                                         Jacqueline Camus, CMRE.

1 réflexion sur “A Domérat avec le CMRE, les enfants volés et le film « Enterrar y callar »”

  1. CHRISTINE MARTINEZ MEDALE

    Les enfants des mères républicaines n’ont pas été raptés uniquement à leur naissance dans les hôpitaux, mais aussi dans les prisons. Dès 1938, Franco transforme la station balnéaire de luxe de Saturraran dans le pays basque en prison modèle pour femmes « rebelles et dangereuses ». Ma mère Concepcion Illera Olivares âgée de 24 ans a intégré cette prison avec son enfant âgé de 1 an, en provenance de la prison de Las Ventas de Madrid. Elle subit de plein fouet les recommandations du psychiatre Vallejo qui voulait décontaminer les enfants des rouges. Antonito a disparu le 7/09/1940 dans cette prison.
    Je suis toujours à sa recherche.

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