JOURNÉES CAMINAR 2014 – Le retour de la mémoire

2 000 fusillés dans les fosses du Ciriego

Je voudrais dédier cette intervention à Tomas, à sa bande, aux membres du groupe El Comunero et je voudrais aussi la dédier à quelqu’un qui a son père dans une fosse commune à Santander. C’est Mari Carmen, pour nous tu es très discrète, Mari Carmen, tu es présidente de MER PAU et on t’aime beaucoup. Ils sont 2 000 et quelques dans cette fosse et les monolithes ont été construits uniquement par le financement des associations, la souscription, sans aucune aide d’aucune autorité ni locale ni régionale ni du gobierno autonomo, rien du tout.

La transition desmemoriada.

Ce sont les nécessités de classe du présent et du passé également qui conditionnent les enjeux du présent, donc c’est toujours par rapport aux enjeux du présent qu’ont lieu les affrontements historiques, mémoriels sur la République, la guerre d’Espagne à tel point que Preston a pu dire « on est en train de refaire la guerre sur le papier ». C’est ce qu’exprime l’image : il y a retour de mémoire. En 1936, les 17, 18 et 19 juillet, les classes dominantes ont entendu écarter à tout jamais, à tout jamais, la possibilité d’une remise en question de leur hégémonie, de leur pouvoir. Et dieu sait si elle était limitée avec cette république, qui était un projet révolutionnaire sur la culture, l’enseignement et la condition des femmes pour l’époque, mais qui, en ce qui concernait le pouvoir financier, la banque, la réforme agraire, était tout à fait réformiste. D’où la violence du coup d’état, du soulèvement parce que vu les conditions de l’époque, ce coup d’état n’était pas inévitable. C’est un soulèvement militaire qu’ils concevaient d’ailleurs en quelques jours, ça allait se passer très rapidement mais il fallait que cela soit violentissime pour écraser les piliers sociaux de la république, les prolétaires, les syndicats, les instituteurs et les jornaleros, les prolétaires de la campagne.

Donc il fallait appliquer une espèce de solution finale, une répression sauvage, définitive, Preston a parlé d’ holocausto, c’est vrai qu’holocausto en Français c’est très connoté, en Espagnol un massacre massif est un holocausto. La violence faisait partie du projet et en même temps la répression économique dont on parle peu, répression économique et répression légale économique mais aussi répression illégale c’est-à-dire les voisins, la phalange qui s’accaparaient des terres, des maisons, des comptes en banque des vaincus.

 On retrouve ces termes qui démontrent que c’était conçu comme une revanche de classe parce que cette république, tout en étant très réformiste, avait asentado quelques milliers de paysans, bon on ne va pas rentrer dans les chiffres, c’était limité par rapport aux attentes parce qu’il y a eu Casas Viejas en 33 et d’autres soulèvements pour dire, ça suffit ! on veut une réforme agraire véritable.

Il ne faut jamais oublier que cette république a déçu au point qu’elle a perdu les élections en novembre 33 et qu’il y a eu le bieno negro. Mais ce qui avait été fait, séparation de l’église et de l’état, c’était vraiment insupportable pour les classes dominantes, la vieille oligarchie terrienne, l’aristocratie, la banque, le capitalisme, la bourgeoisie qui était en retard mais qui étaient en voie de crecimiento, l’église, l’armée. Et le coup d’état a été immédiatement financé par la banque. Celui qui paye le transfert de l’avion de Franco c’est le banquier March qui paye également avec les capitaux de l’Opus Dei le transfert des redoutables coloniaux, le tercio, la légion, les regulares, du Maroc espagnol jusqu’au sud de l’Espagne, un véritable pont aérien. C’était violent car il y avait des objectifs de classe, dans la fosse du père de Mari Carmen, dans sa fosse, il y a essentiellement des prolétaires et des jornaleros.

Une répression de classe, une répression très ciblée contre les piliers sociaux de la république pour écraser à tout jamais la mémoire républicaine, on peut parler de tentative de mémoricide. Et la répression d’ailleurs, c’est assez inédit, tragiquement inédit, a été presque aussi importante pendant la guerre qu’après la guerre. 50 000 condamnations à mort après la guerre, la terreur et la contrerévolution, revenir sur tous les acquis avec des objectifs de classe et c’est pour cela que cette explosion mémorielle d’aujourd’hui insupporte les uns et les autres, parce qu’elle rappelle les origines sanglantes du franquisme. Et c’est vrai que dans les années 70-80 ont adhéré au parti socialiste des gens qui n’ont plus rien à voir avec cette histoire républicaine, des nouvelles couches moyennes et le rappel de cette histoire insupporte les uns et les autres. Et en même temps cela explique la mythification de la transition comme quelque chose de modélique.

Pendant des années ce discours a été tenu et il était difficile de le contrer sans se heurter à une vive réaction des transitionnalistes. Il y a eu nécessité pour les uns et les autres de bâtir un espèce de récit consensuel, un espèce de récit mythique de la transition et tout le monde y a participé, Rouco l’archevêque dit « il faut savoir oublier », Felipe Gonzalez parle de l’oubli nécessaire. Pourquoi oublier ? en fait l’oubli c’est l’évacuation des antagonismes de classe et c’est ça le fond de l’opération, évacuer les antagonismes de classe, instrumentaliser le danger de révolution, du danger communiste. En 36, il n’y avait absolument aucun danger communiste ni de révolution sociale d’ailleurs malgré tout le poids de la CNT et de l’UGT, qui est aussi un grand syndicat, il n’y avait aucun danger de révolution ni libertaire ni communiste ; Mais il faut dire aussi que dans les républicains il y avait également des républicains de droite et ceux-là, les républicains modérés, craignaient davantage la révolution sociale que les putschistes, les factieux et les séditieux, il faut le dire et il faut dire que toutes les forces qui étaient dans le camp antifasciste n’étaient pas républicaines, les anarchistes ne se sont jamais réclamés de la république qu’ils considéraient comme bourgeoise et modérée.

Discours consensuel sur l’oubli mais également théories sur l’équilibre de la mémoire, sur l’équidistance, le renvoi dos à dos des uns et des autres, des deux terreurs, vous trouvez cela pages 350 et quelques chez Benassar, la terreur noire et la terreur rouge et heureusement que les rouges n’ont pas gagné parce que l’on ne sait jamais cela aurait pu donner un goulag, une démocratie populaire. Il n’y avait aucun danger de ce type ni à la fin d’ailleurs, c’est ahurissant ce qu’on peut lire. La théorie des responsabilités partagées, du juste milieu, du renvoi dos à dos des uns et les autres, ce schéma commence à se fissurer, c’est le schéma qu’on a vécu pendant toute la transition et le clou c’est Bono, ministre de la défense socialiste, qui fait défiler le 12 octobre 2004, jour de la fête nationale, de la raza comme on disait à l’époque, côte à côte, un survivant de la Nueve et un fasciste espagnol de la division Azul, bonne réconciliation ! D’où également l’appellation guerre civile.

Alors c’est vrai que c’est une convention de langage, c’est vrai aussi qu’il ne faut pas être intégriste. Dans les endroits où le coup d’état a échoué c’est-à-dire dans les endroits où le peuple a pris en main les choses parce que les autorités se sont effondrées, ont refusé de distribuer des armes, dans un premier temps ce sont les milices, le peuple en armes qui a fait échouer le coup d’état et on peut parler dans les premières semaines de guerre civile donc pas d’intégrisme là-dessus. La question c’est qu’on parle beaucoup de guerre civile, au-delà de la convention de langage, pour signifier que, si c’est une guerre civile, ce n’est plus un conflit de classe d’où également le discours des uns et des autres sur le référent démocratique.

Le référent démocratique c’est la transition. Et bien non ! le premier référent démocratique c’est la seconde republica et il faudra mener la bataille fraternelle avec le PSOE pour qu’il intègre cette réalité. Donc ils sont tous sur le schéma réconciliation en évacuant les antagonismes de classe. A partir du moment où c’est une guerre civile on se réconcilie entre frères d’où cette loi de mémoire qui est tout à fait déséquilibrée, insuffisante, incomplète, qui ne parle même pas de république, qui ne s’appelle même pas loi de mémoire, qui ne déclare pas illégitime le franquisme, la dictature, le coup d’état, les procès des tribunaux militaires, leurs sentences.

Ce que je veux dire c’est que, pour être réhabilité, il faut se mettre à genoux et prier, demander à avoir une espèce de petit certificat. Grimau, la famille Grimau, la famille Puig Antich vont attendre encore longtemps si la situation politique ne change pas en Espagne, si on continue à avoir cette espèce de bipartisme, parti unique. D’où l’amnistie qu’on a exporté en Uruguay, au Chili, en Argentine et aujourd’hui tous ces pays ont remis en cause ces lois, cette transition espagnole en disant que ce sont des lois d’impunité, de point final, d’obéissance due et ils les ont mises au placard.

Et en Espagne cette loi de 77 verrouille l’impunité du franquisme et amnistie la sédition, la rébellion et les agents, les forces de l’ordre, les fonctionnaires qui dans l’exercice de leurs fonctions …donc les bourreaux et leurs victimes. C’est pour cela qu’il y a eu ce consensus surprenant P.P PSOE pour liquider Garzon parce que, si on touche à cette loi, on touche à tout l’édifice. Elle verrouille tout l’édifice et quelqu’un comme Garzon s’y est cassé les dents. D’où le bipartisme avec une loi électorale d’une injustice extraordinaire, on peut avoir en Galice un député avec quelques centaines d’électeurs et il en faut ailleurs des dizaines de milliers.

Ce que je veux montrer c’est que l’oubli du passé n’est pas une maladie chez les Espagnols, l’amnésie a été négociée, l’amnésie a été imposée, l’oubli du passé, la desmemoria c’est le fruit de stratégies politiques, de décisions partagées, de négociations. Et en même temps ce sont des processus, l’amnistie et la desmemoria ce sont des processus pour aboutir à cette loi d’octobre 1977. Là-dedans la stratégie du parti communiste joue un rôle très important. On dit souvent que le parti communiste change de stratégie en 56. Ce n’est pas vrai, ça commence en 42 avec la stratégie de l’union nationale : l’essentiel c’est le rétablissement de la démocratie, ce n’est plus la république. Cela commence en 42 avec l’appel à toutes les forces, monarchistes compris, et ensuite il y a 56 où on officialise. On dit : d’abord la démocratie et d’ailleurs dans le contexte de l’époque, il faut contextualiser, l’objectif c’était d‘ isoler le bunker, d’isoler les forces les plus fascistes et de tendre la main à tous ceux, de droite, conservateurs, réactionnaires, qui n’étaient pas fascistes ou supposément fasciste. C’est une stratégie de collaboration de classe à la recherche d’un consensus le plus large possible : d’abord la démocratie et puis on verra ! Cette stratégie, dans la mesure où le parti communiste a été la colonne vertébrale de l’anti franquisme, ce qui ne veut pas dire qu’il a été seul antifranquiste, a pesé très lourd, parce qu’on est arrivé avec ça jusqu’à la transition. Par conséquent ce n’est pas au moment de la transition que Santiago Carrillo l’a décidée et aujourd’hui le parti communiste considère d’ailleurs que la transition c’est la restauration des bourbons, c’est un peu tard mais c’est avec ça qu’on est arrivé à la transition.

Et puis il y a la stratégie des Etats Unis. Dès 45, j’ai retrouvé des textes des Etats Unis qui disent : l’avenir de l’Espagne c’est un grand parti de droite et un grand parti socialiste démocrate type parti démocrate américain. Donc déjà, dès 45, ils pensent au bipartisme, tout ça été surveillé étroitement jusqu’au voyage d’Eisenhower en 53, au rétablissement des bases militaires et puis, avec la guerre froide, Franco devient le meilleur rempart contre le communisme. Dès 45 le rôle des services secrets. Wikileaks nous apprend d’ailleurs que Washington aurait souhaité que Franco meure un peu plus tard car il y avait la renégociation de l’accord secret sur les bases et on apprend également que Fraga, cela ne nous étonne pas, a tenté dans les négociations d’écarter le parti communiste du processus de transition. Cette transition a eu lieu sous la houlette du général Vernon Walter qui était responsable en Europe de la CIA, d’Helmut Schmitt et de Willy Brandt, tout ça c’était l’internationale socialiste, le secrétaire d’état Kissinger donc sous haute surveillance.

Il y avait le contexte international et le fait que le franquisme ne servait plus. On voulait une transition contrôlée qui n’échappe pas des mains et on voulait aller, non pas vers un franquisme sans Franco, mais vers une espèce de démocratie de basse intensité. Les éléments clefs de la transition, la poutre maitresse c’est la constitution. Article 8, l’armée est garante de l’unité de la nation, le roi inviolable, ce qui veut dire qu’il est au-dessus des lois, il est un citoyen qui est au-dessus des lois, l’article 38 dit que la libre entreprise s’exerce dans le cadre de l’économie de marché, que va-t-il arriver le jour où le gouvernement fera une politique différente, à la latino-américaine ?

L’état n’est pas laïc, il est non confessionnel donc le rôle de l’église est encore exorbitant. Cette constitution, elle est caduque, elle est archaïque, ya non sirve.

Le pacte de la Moncloa.

Qu’est-ce que c’est le pacte de la Moncloa, il y là-dedans toutes les forces, c’est la recherche de la paix sociale, on a besoin de la paix sociale, on a besoin de dépolitiser au maximum, on a besoin de mettre sous étouffoir la mémoire rouge, la mémoire républicaine, la mémoire révolutionnaire, parce qu’il y a l’Europe.

Le tejerazo.

Le roi réagit effectivement au bout de 7 heures et en même temps il s’est offert quinze minutes de gloire, il s’est refait un curriculum, le roi sauveur de la démocratie ! Ce récit est remis en cause aujourd’hui par un certain nombre d’historiens. On sait que Tejero était une marionnette, que se le fue de la mano, on est là devant un golpe qui réussit parce qu’il a des conséquences politiques, la peur, etc. un golpe qui réussit en échouant parce que la peur pousse au consensus, l’épée de Damoclès qui en fait était surestimée parce que les Etats Unis étaient derrière et cela ne leur convenait pas. Mais le fait est que le roi est accepté par tous et aujourd’hui on se demande si le roi n’était pas pour quelque chose dans ce tejerazo. La transition c’est aussi intéressant parce que le pouvoir social sous le franquisme se travaille, le franquisme social et économique se recycle et ce qui est intéressant c’est qu’on retrouve les mêmes. Je m’explique, en Espagne après la guerre il y a 280 000 prisonniers politiques. Qu’est-ce qu’on en fait ? Hé bien le capitalisme espagnol il va en faire une force de travail productrice de plus-value pour la modernisation de l’Espagne et son décollage. Il va les faire travailler comme prisonniers politiques esclaves et il va s’accaparer 76 % du salaire, de la richesse produite en un jour par ces travailleurs esclaves, donc on a là un état esclavagiste, les prisonniers politiques produisent de la plus-value et ça sert à renforcer le capitalisme espagnol.

Pour gérer cette plus-value on met en place un patronato de la rédemption des peines par le travail. Si on examine les groupes qui étaient dominants sous le franquisme, on peut commencer par March qui était millionnaire à l’époque, et ses descendants le sont encore aujourd’hui. Il était patron de FEXA, fuerza electrica de Cataluña, et ensuite FEXA a fusionné avec INDESA qui est aujourd’hui une des plus grandes multinationales de l’énergie notamment la multinationale principale en Amérique Latine et March était le financier du franquisme, il a été le grand financeur de tous les anti-rouges, antirépublicains, il domine encore l’IBEX 35 qui est l’équivalent de notre CAC 40. Et d’ailleurs les banquiers pendant la guerre signent un accord avec Franco et ensuite Franco lorsqu’il gagne les entrega l’économie, la banque, etc.

Ensuite d’autres familles, les frères Banus, les constructeurs du franquisme, ceux qui ont construit les bronze culs là-bas sur la cuesta del sol, Puerto Banus, des quartiers entiers, ils dirigeaient le groupe de BTP Dragados et Dragados s’est fondu avec ACS et a donné le leader espagnol du bâtiment et des travaux publics. Dans ces deux groupes INDESA et ACS on retrouve l’actuel président du Real Madrid Florentino Perez qui en est le patron. Il y a aussi Huarte, bâtiment et travaux publics, des quartiers entiers qui ont été faits à Séville, des barrages. Franco, il aimait tellement les barrages qu’on l’appelait Paco rana, Paco pantano. Mais en même temps on les retrouve dans le bâtiment, la métallurgie, l’immobilier, la finance… Huarte a fusionné en 98 avec Obascon pour fonder OHL, on les retrouve à l’IBEX 35 avec les Del Pino, les Botin…

Et le Valle de los Caidos, 20 000 politiques esclaves ont contribué à bâtir cette horreur dans des conditions épouvantables, 20 000 sur 20 ans. Les prisonniers politiques ils sont mis également au service des grandes sociétés, des petites sociétés capitalistes espagnoles ou étrangères, ils ont servi pour construire des voies de chemins de fer, la RNFE, pour construire des aéroports, des stades, le canal du bas Guadalquivir pour irriguer gratuitement les terres des grands propriétaires d’Andalousie, le métro de Madrid….

Ce sont les mêmes forces sociales qui se transvasent, qui se recyclent. J’’ai démontré comment, pourquoi aujourd’hui ce poids du franquisme sociologique est enkysté, il va au-delà du poids politique des néo-franquistes, je ne dis pas que le parti populaire est néo-franquiste, je dis que l’extrême droite n’existe pas en tant que telle en Espagne, elle est dans des secteurs du P.P. Le P.P n’a pas rompu, la loi de mémoire n’a pas été votée par le P.P, il n’a pas rompu définitivement avec le franquisme et d’ailleurs il y a quelques années Aznar a déclaré avant de partir en vacances : je pars avec pour livre de chevet, les mythes de la croisade de Pio Moa, Pio Moa qui est le pire des révisionnistes. Et d’ailleurs à Madrid il y a encore une rue Mola, il y a une rue Vallejo Najera, le psychiatre fasciste qui a théorisé le vol des enfants.

Il y avait un gêne du marxisme, du communisme, de l’anarchisme, il fallait l’isoler et ce monsieur a théorisé tout ça, il considérait que les rouges, les prolétaires c’était une classe inférieure, que les femmes étaient génétiquement obsédées sexuelles surtout les femmes rouges. Et, pour les purifier, il fallait enlever les enfants aux familles, il y deux lois l’une de 41et l’autre de 40 qui enlèvent l’autorité parentale et permettent de changer de nom ce qui est un crime d’état, un crime contre l’humanité imprescriptible.

La justice espagnole est une justice de classe qui fait qu’Amnesty Internationale notamment parle d’exception espagnole. Pour que la commission des droits de l’homme de l’ONU, pour que le parlement européen demandent à l’Espagne officiellement d’abolir cette loi d’amnistie c’est que vraiment ça doit choquer parce qu’ils sont plutôt du même monde. Voilà pourquoi ça coince, on a mal fait le toit et il y a beaucoup de gouttières aujourd’hui.

Ce qu’ils redoutent tous alors que le schéma de la transition est épuisé, en crise. La crise du système a ébranlé tout cet édifice de la desmemoria, de la transition, de la constitution. à tel point qu’en janvier, sondage historique, pour la première fois l’immaculée monarchie passe en dessous de la barre des 50 %, 49,9 %, c’est pas rien que l’Espagne dans les sondages se républicanise. Il y a quelques années à peine, sortir le drapeau n’était pas facile et aujourd’hui dans les mouvements sociaux il y a le drapeau républicain en tête ; donc jonction qui commence entre le mouvement social et la revendication de la république et cela ils en ont une sainte trouille. Et c’est parce que tout ça était mal fait que le révisionnisme se développe aujourd’hui. Aujourd’hui le danger ce n’est pas l’oubli, c’est le révisionnisme, la réécriture de l’histoire, le fait qu’il y a encore des choses qui sont taboues en Espagne parce qu’il y a eu 50 ans de suspension de la mémoire. Il y a ce refus de rompre, il y a des déclarations surprenantes d’ailleurs, ils n’ont pas mené une défranquisation jusqu’au bout comme il y a eu une dénazification, une dé fascisation.

Alors que la loi de mémoire conseille d’enlever tous les symboles franquistes, il y en a plusieurs dizaines sur des bâtiments officiels notamment militaires, des rues Queipo, Mola, Sanjurjo, Primo de Rivera… Donc cette réécriture de l’histoire aujourd’hui elle est faite pour occulter effectivement ces antagonismes de classe parce qu’on n’a pas apuré les comptes du franquisme. Et il est intéressant de voir que la guerre que mène au peuple le gouvernement du partido popular qui est une guerre à base de recortes, amputation de 20 à 30 % des budgets sociaux, du salaire, des retraites (on peut pas dire des coupes c’est d’une telle brutalité) se double et est convergente, complémentaire, d’une guerre mémorielle parce que Rajoy a supprimé toute subvention pour les associations mémorielles.

Avec 120 000 disparus minimum, 130 000, des milliers d’enfants volés, on va les chercher encore dans trois siècles. Et ce, alors que toutes les conventions internationales obligent l’état à aider ces recherches, et si l’état espagnol ne le fait pas c’est qu’il y a consensus là-dessus parce que si le parti socialiste espagnol penchait dans l’autre sens cela serait beaucoup moins verrouillé. Donc sur toutes ces questions il y a un grand verrouillage à tel point qu’en Espagne on peut être démocrates sans être antifasciste parce que les élites se sont couchées un jour franquistes et le lendemain elles se sont réveillées démocrates. D’où cette espèce de volonté de dépolitiser, c’est pour ça qu’il faut réinjecter de la politique, de l’idéologie dans notre travail de mémoire. Ce qui est nouveau c’est que cette mémoire, longtemps réduite à une mémoire populaire clandestine, ouvre aujourd’hui de nouveau le choix entre république et monarchie ce qui est une avancée énorme. Les sondages, la dégradation de l’image de cette monarchie, quand nous disions le roi c’est un ripoux, lié aux grandes fortunes, avant l’affaire Noos ! mais maintenant il y a une majorité pour qu’il abdique, il y a quand même des choses assez lourdes et les espagnols étaient plus juan carlistes que royalistes mais aujourd’hui tout ça a du plomb dans l’aile, il n’y a pas de jour en Espagne sans des centaines de manifestations. Donc le fait que cette desmemoria, cette transition négociée, cet oubli, cette amnésie imposée, a provoqué un affaiblissement de la démocratie c’est évident, on le voit avec la réaction sur la question des nationalités, un affaiblissement de la démocratie, démocratie de basse intensité.

La seule réponse à la crise que vit l’Espagne c’est de revoir tout ça, c’est une nouvelle transition, une véritable transition et un processus constituant et une république qui ne soit pas la seconde qui soit une république avec un contenu social. Il faut un nouveau bloc social qui porte des changements de structure, de société. Un changement cosmétique ne ferait qu’aggraver la situation, il faut souhaiter pour l’Espagne des changements profonds. République mais qu’elle soit fédérale, qu’elle soit très sociale, qu’elle soit anticapitaliste. Ce mouvement est irréversible et est le résultat du travail des associations mémorielles, des démocrates, ça craque de toutes parts, la situation est à la fois inquiétante et encourageante.

Jean ORTIZ

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