L’exil républicain espagnol de 1939

Un colloque pour comprendre l’exil républicains espagnol de 1939

La dure réalité de ce début d’année 2022 démontre que la contrepartie des guerres, civiles ou inter-étatiques qui secouent notre planète, correspond toujours à un exil de populations ciblées par les exactions et la répression aveugles. Il y a 83 ans, 500 000 Républicains espagnols traversaient la frontière française pour échapper aux bombardements des fascistes allemands et italiens ainsi qu’à la sauvagerie franquiste. En octobre 2019, notre coordination organisait à Toulouse des journées riches en contributions venant de chercheurs, universitaires, représentants d’associations mémorielles, témoins… Nous avons publié un ouvrage, en français et en espagnol, regroupant l’ensemble des communications. Dans la suite de cet article, vous pourrez consulter trois extraits significatifs relatant les conditions épouvantables dans lesquelles les autorités françaises plongèrent nos aïeux à leur arrivée en France. Le quatrième évoque l’hôpital Varsovie de Toulouse et le dernier est consacré à la répression franquiste en Espagne.

Comment se procurer les Actes du colloque

Le livre bilingue « Espagne : un exil républicain » est toujours disponible. Au prix de 23€ (envoi inclus), vous pouvez le commander de manière sécurisée en cliquant sur le lien suivant :

https://www.helloasso.com/associations/caminar/paiements/vente-actes-du-colloque-de-toulouse-octobre-2019

Pour tout renseignement : nous contacter.

Extraits

« Du camp spécial de Collioure au camp de concentration du Vernet d’Ariège : la dérive répressive et disciplinaire des camps français pour Étrangers en 1939 »

« A la fois dans l’Hexagone et dans les colonies d’Afrique du Nord, la IIIe République a vu s’ériger avec l’internement des étrangers indésirables en 1939 un contrôle biopolitique inédit depuis la 1re Guerre Mondiale. Deux camps du Sud de la France s’isolent alors dans ce dispositif par leurs aspects disciplinaires et répressifs : le « camp spécial » de Collioure, dans les Pyrénées-Orientales et le camp de concentration du Vernet dans l’Ariège. Deux sites initialement destinés aux vaincus de la Guerre d’Espagne dont l’État va transgresser les fonctions initiales de contrôle afin d’isoler les étrangers présentés comme les plus suspects.

Cette politique d’exception à laquelle sont soumis les internés à Collioure dès mars 1939 – Espagnols et anciens des Brigades Internationales – va ainsi s’étendre en septembre 1939 au camp du Vernet dans une amplification coercitive que l’écrivain Arthur Koestler va définir comme le « point zéro de l’infamie ».

L’entrée en guerre de la France élargit ainsi un peu plus le champ des suspects et le durcissement législatif entrepris avec la gouvernance d’Édouard Daladier au printemps 1938. Placé à l’automne 1939 sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur, le camp du Vernet, largement internationalisé, se substitue ainsi à celui de Collioure pour isoler les étrangers […] ».

Gregory Tuban (docteur en histoire, Université Via Dominitia (Perpignan)

 « Max Aub, du Vernet d’Ariège à Djelfa : poèmes ; récits et théâtre d’un indésirable »

« […] Plusieurs poèmes sont des hommages à des prisonniers morts dans le camp : José Dorcas surnommé El Madriles, Manuel Gutiérrez Santos, Casanada, Vazquez, Cañas, Julian Castillo. Extrait du poème dédié à ce dernier, mort au camp de Djelfa en janvier 1942 :

Tu pues déjà, Julian Castillo…

Tu pues déjà, Julian Castillo…
A quatre nous t’avons sorti
Raide pour toujours
Sur une triste charrette
Portant vingt étoiles peintes
Tirée par un canasson blanc
Maigrelet et fatigué.
Il t’a trainé en te secouant
A travers le village morne
Conduit par un phaéton maure
Misère de terre et de ciel
Murs et toitures usés
Douar devenu forteresse
Bravoure convertie en troupeau
Village défait par le temps
Te voyant partir en haillons.
Entre des cierges tremblotants
Les curés ont dit leurs oraisons
Prières d’une religion
Contre laquelle tu as combattu.
Une faible odeur se dégage
Et stagne insistante
Autour du cercueil :
On pue de la même manière,
Que l’on crève le ventre plein
Ou que l’on soit mort de faim
Comme toi, vieux révolutionnaire. […] »

Gérard Malgat (Instituteur – docteur en langue et littérature espagnole – université Paris Ouest Nanterre la Défense)

 « Les ”indésirables” en Charente : du camp de la Combe aux Loups à Mauthausen »

« […] Comme partout en France, les administrations sont dépassées, les préfets et les maires ne sont pas forcément très favorables à la venue sur leur territoire de ceux qu’ils appelaient « les rouges », « les indésirables », « les indigents », « les terroristes » …, « cette soi-disant armée républicaine » ou encore « les droits communs, les assassins… ». Toutes ces dénominations, sont écrites noir sur blanc dans des documents très officiels émanant de nombreux fonctionnaires.

Et pourtant, nous ne sommes pas encore entrés en guerre, nous sommes sous la IIIe République française, au pays de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité : « un slogan ! » dira Angel Olmedo, rescapé du convoi des 927. D’après les témoignages, les femmes, les enfants et très peu d’hommes (ils étaient tous restés dans les autres camps de concentration du Sud) sont arrivés à Angoulême dans des camions militaires et en train, comme le confirme la députée espagnole Julia Alvarez Resano. Ils ont été dans un premier temps « stockés » dans un garage avec une rampe d’accès en escargot dans le centre-ville d’Angoulême, le garage Vallet.

Des couvertures sont réquisitionnées dans les magasins et dans les casernes militaires, un appel aux dons est également lancé.

On leur a mis de la paille pour dormir et on leur a donné à manger. Conchita Gutierrez se souvient du camembert, « ça ressemblait à quelque chose de pourri mais je n’avais jamais rien mangé d’aussi bon ». « Démunis de tout et sans hygiène », continue Conchita, « tout le monde faisait ses besoins un peu partout ». Ils restèrent quelques jours dans ces conditions avant d’être envoyés dans le premier centre d’hébergement de la Combe aux Loups à Ruelle, en périphérie d’Angoulême, dans des conditions « dignes » d’un camp de concentration. […] »

Gregorio Lazaro (président de l’Association des Espagnols de Charente (APFEEF16) et Céline Brunaud, responsable commission mémoire (APFEEF16) 

« A propos de la création de l’Hôpital Varsovie-Joseph-Ducuing, un ilot de solidarité républicaine »

« […] J’ai le souvenir précis du jour où je suis arrivé pour la première fois à Varsovie, où on m’a présenté le lieu où j’allais travailler, cela a duré à peu près un quart d’heure : « Tu vas là ! ».

Et j’ai rencontré une équipe mixte, un binôme féminin-masculin, française-espagnol, c’était Chamorro qui était berger dans les Asturies, dans une vie antérieure, et qui s’était formé au métier d’infirmier et, Ho ! Surprise !  ils étaient en train d’affûter sur des pierres d’affûtage de coiffeur, les aiguilles avec lesquelles on faisait les intramusculaires, les intradermiques, les intraveineuses, les lames de scalpel.

Et un ami médecin, qui était dans la salle du colloque, a peut-être même utilisé du matériel qui était « re stérilisable » alors qu’on était, à cette époque-là, déjà passés, en d’autres lieux, sur des aiguilles à jeter. Nous avions du matériel, des seringues en verre, et tout était « re-stérilisé ».

L’immersion a été immédiate, immersion dans le travail avec des équipes mixtes, pluriculturelles, très concentrées sur la mission.

L’histoire que vous a racontée Stéphane Aczel a été découverte il n’y a pas très longtemps. Il y avait des pans de cette aventure qui étaient connus mais l’assemblage des éléments de cette histoire date des années 80-90. Tout ce puzzle, à l’époque où nous avons débarqué dans cet hôpital, n’était absolument pas connu.

Quant aux représentations sociales, liées à « l’hôpital rouge », « l’hôpital des cocos », vous allez lire quelques anecdotes qu’il faut replacer dans leur contexte.

Ainsi, lors de notre première rencontre avec cet établissement, quelle ne fut pas notre surprise quand, à notre arrivée des grands hôpitaux de Toulouse où nous nous formions, nous découvrons, sans trop en comprendre les raisons à l’époque, que la prise de température se faisait en Fahrenheit ; les thermomètres étaient étalonnés de 0 à 120 degrés Fahrenheit. A « l’hôpital rouge » de Toulouse quand même !

On n’était pas dépositaires des éléments de cette histoire.

… A l’hôpital des « cocos », un drapeau américain qui flottait sur la façade, on ne comprenait pas bien.

… Certains clichés au lit étaient réalisés avec un appareil de radio transportable et parachutable, made in USA (qui bombardait des rayons, il fallait être prudent).

… Un certain nombre de boites d’instruments chirurgicaux portaient la mention US ARMY. […] »

 Stéphane Aczel (médecin honoraire en charge de la mémoire) et Alain Radigales (ancien directeur de l’hôpital)  

« Franco et les Rouges, l’Espagne de la répression et de la dictature » 

« […] La guerre finie, Franco ne cherche pas à pacifier le pays, à essayer de panser les blessures des uns et des autres, au contraire tous les moyens vont être mis en œuvre par lui-même et les piliers de son Régime pour éliminer les « Rouges ». Parce que Rojo va au-delà du fait d’avoir soutenu la République, c’est un paria, un « criminel invétéré, sans aucune rédemption possible au niveau humain ». Il faut donc les éloigner de la société. Les préceptes seront de :
– Ne jamais accorder le pardon ;
– Refuser la conciliation ;
– Empêcher l’intégration des vaincus.

Il convient d’ouvrir une parenthèse toute particulière pour les instituteurs de la République qui n’entrent pas tout à fait dans la répression d’après-guerre.

La plupart de ceux qui vont être victimes de la répression le seront surtout au début de la guerre.

La République avait mis l’accent sur l’enseignement et sa réforme. Pour cela il fallait ouvrir rapidement des écoles, valoriser le métier d’enseignant et en nommer de nouveaux, introduire la laïcité et implanter une pédagogie active et participative en prenant comme modèle celle de la « Institucion Libre de Enseñanza ». En 4 ans, le nombre des instituteurs est passé de 37 500 a 50 500.

Cette nouvelle tâche, perçue comme une mission, a été vécue avec enthousiasme par les maîtres de la République et ils vont incarner la face la plus lumineuse des nouvelles institutions.

C’est sur eux que va s’acharner la répression de la première heure. Avec eux, avec aussi les membres des Missions Pédagogiques qui sillonnaient les villages pour montrer des reproductions de tableaux, ou représenter des pièces de théâtre – on pense à Garcia Lorca et La Barraca, le régime qui se préparait annonçait déjà qu’il ne supportait pas les Lumières. […] »

 Maryse Roig (professeur d’espagnol retraitée, membre de l’association Mémoire Résistance en Ariège – Solidarité Transfrontalière (MRA-ST)

Table des matières

Author: caminar

3 thoughts on “L’exil républicain espagnol de 1939

  1. Concerne l’ hôpital VARSOVIE :

    Fils d’un résistant toulousain FFI ( « petit-roger » » ) « mort pour la patrie » à la Libération de Toulouse rue des Arcs-St-Cyprien; tout ce qui touche à cet hôpital aux origines et destination UNIQUE AU MONDE m’intéresse vivement.
    D’autant qu’à une époque j’avais l’insigne honneur de bénéficier de la confiance d’une CAMARADE salariée de cet hôpital : Conchita épouse SEUBE …
    J’aimerais échanger avec notre concitoyen et ami Alain RADIGALES afin de bien savoir où en est cet hôpital dont dans les années 2002 à 2008 alors que je résidais , à la suite d’un gravissime accident automobile , grâce au Dr Georges BENAYOUN rue des Fontaines j’avais des informations qui, à l’arrivée du consortium CAPIO à Cornebarrieu m’inquiétèrent sérieusement…
    Pouvez-vous; s’il vous plait, m’aider à échanger avec l’ancien directeur de VARSOVIE/DUCUING ?

    A recevoir réponse dès que possible, en vous remerciant pour la qualité des informations que vous nous apportez, recevez mes plus sincères et confraternelles civilités;

    Lou DESTRABAT en ce lundi 11 avril 2022 .

  2. mon père Francisco Pons Segui, de Menorca, instituteur, fut chargé de la culture dans son ile et y initia l’instruction. Il me racontait comment des octogénaires venaient apprendre à lire. Interné à Argelès il développa avec les quakers la bibliothèque du camp

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