Après la publication de notre dernier article intitulé « Arras 7 janvier 2026 – journée d’étude sur l’exil républicain« , un internaute – Marc Bouhours – a adressé aux organisateurs de cette journée un document qui peut vous intéresser. Il décrit les conditions d’accueil des femmes, des enfants et d’hommes chassés de leur pays par les fascismes européens. Vous trouverez ci-après notre résumé, et le document qui relate cet événement.
Muret, centre d’accueil des réfugiés espagnols en février 1939
En février 1939, la petite ville de Muret devient l’un des points d’ancrage d’un exode dramatique : la Retirada des Républicains espagnols fuyant le régime franquiste et ses alliés. À travers les archives municipales, on découvre comment la communauté murettoise a accueilli, soutenu puis, sous la pression, vu disparaître ce camp d’accueil entre 1939 et 1945.
1. L’arrivée et l’organisation du centre d’accueil
Le 10 février 1939, un premier train apporte 50 adultes et huit enfants. Le lendemain, arrivent 22 personnes supplémentaires et huit jeunes enfants. Au total, 88 réfugiés – majoritairement des femmes et des enfants – sont logés, probablement dans l’ancienne gare de Muret. Dès le 7 février, la mairie avait réquisitionné 50 lits, matelas et accessoires auprès du foyer des anciens combattants. Elle anticipait l’arrivée d’au moins cinquante femmes et enfants.
Un état nominatif du 26 avril 1939 recense 37 femmes, 35 enfants (18 de moins de 10 ans, 19 entre 10 et18 ans) et un seul homme. Les autorités françaises envisagent déjà un rapatriement vers l’Espagne franquiste. Seule Vicenta Margalef accepte de repartir en mai 1939.
2. La solidarité locale
Face à la détresse, le Comité de secours aux réfugiés espagnols se crée sous l’égide de Vincent Auriol, maire de Muret. Le comité, composé de personnalités locales, mobilise des dons de vêtements, d’argent et fournit des articles essentiels pour se protéger des rigueurs de l’hiver. Un texte officiel remercie chaleureusement les Muretains, rappelant que les réfugiés ne sont pas « des assassins », contre les stéréotypes de la presse de droite.
3. Conditions de vie et contrôle administratif
Les réfugiés sont soumis à un strict contrôle de leurs déplacements. Chaque sortie nécessite l’accord du 2ᵉ bureau de la préfecture de Toulouse. Les lettres préfectorales du 15 février précisent que les réfugiés doivent résider dans la commune assignée sous peine de sanctions pénales.
Le quotidien du camp est marqué par la précarité. Les soins médicaux sont limités (une infirmière signale le décès de Francesca Calvo le 3 mai 1939). Les autorités tentent de réduire les aides financières.
4. Vers la dissolution du camp
Avec le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, la politique française change. En avril 1939, les Compagnies de Travailleurs Étrangers (C.T.E.) sont créées. Les hommes espagnols sont enrôlés pour renforcer les défenses, notamment sur la Ligne Maginot. En septembre 1940, le décret de Vichy transforme les C.T.E. en Groupements de Travailleurs Étrangers (G.T.E.). Ce décret les maintient sous la contrainte de travail agricole ou industriel.
Le 14 novembre 1939, le maire de Muret reçoit une circulaire préfectorale annonçant la suppression progressive des aides aux réfugiés. Le 6 décembre, le préfet ordonne l’évacuation du centre de Muret. Le 11 décembre 1939, les femmes et enfants restants sont transférés à Miramont‑de‑Comminges, puis dispersés.
5. Héritage et mémoire
Malgré la fermeture du camp, plusieurs réfugiés restent à Muret pendant la guerre, intégrés à la Résistance et aux Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.).
Les archives de Muret témoignent d’une solidarité humaine exceptionnelle, mais aussi d’une politique d’internement et de contrôle qui a grandement limité la liberté des Républicains espagnols. Leur histoire, ancrée dans la mémoire locale, rappelle les enjeux contemporains de l’accueil des personnes déplacées et la nécessité d’une réponse à la fois humanitaire et respectueuse des droits.

