Le 15 novembre 2025, une messe a rendu hommage à Philippe Pétain. Le 29 novembre, une autre aurait dû célébrer le dictateur espagnol Franco (elle a été annulée). Ces cérémonies publiques, présentées comme des rites religieux, masquent une tentative de réhabilitation de deux responsables de crimes contre l’humanité. L’auteur de la tribune libre ci-dessous, Anthony Guillien, expose les atrocités commises – déportations, camps, collaboration, répression – et dénonce la banalisation de ces figures. Il rappelle la souffrance des victimes, des réfugiés espagnols devenus des résistants au fascisme et au nazisme, et lance un appel urgent à la société. La vigilance citoyenne doit préserver la mémoire et empêcher toute glorification du passé fasciste.
Je vous transmets ce coup de colère suite à la découverte de ces événements.
Franchement… je suis épuisé, dépité, dépassé. Et oui : en colère.
On est le 19 novembre 2025, et dans dix jours, le 29 novembre, à Paris, dans le 8ᵉ arrondissement, on va célébrer une messe pour Franco. Franco ! En France. En 2025 ! Relisez cette phrase. L’absurdité crève les yeux. Et comme si ça ne suffisait pas, le 15 novembre, on a déjà eu une messe pour Pétain. Deux hommages, en quinze jours, pour deux figures dont l’Histoire n’a retenu qu’une chose : la souffrance qu’elles ont laissée derrière elles. Et on voudrait que je prenne ça comme un détail ? Non ! Jamais !
Alors soyons clairs, nets, sans fioritures, sans détours. Franco, c’est un dictateur arrivé par un coup d’État, qui a déclenché une guerre civile meurtrière et imposé ensuite quarante ans de terreur :
– exécutions de masse,
– tortures institutionnalisées,
– prisons remplies d’opposants,
– bébés volés à leurs mères,
– femmes internées pour leurs idées,
– censure totale,
– peur comme outil d’État.
Et il faut rappeler une vérité que beaucoup préfèrent oublier : Franco, c’est aussi la Retirada. Près de 500 000 Républicains espagnols — des familles entières — qui ont traversé les Pyrénées en plein hiver pour fuir les bombardements, la famine, la terreur, les exécutions.
Mais ils n’ont pas trouvé refuge tout de suite. À leur arrivée en France, beaucoup ont été parqués derrière des barbelés, sur les plages du Roussillon, dans des camps improvisés, dans le froid, la faim, l’humiliation. Et très vite, loin d’être aidés, ils ont été utilisés :
internés dans des camps, puis intégrés de force dans les Compagnies de Travailleurs Étrangers (CTE), envoyés creuser, construire, réparer, participer à l’effort national
sans droits, sans statut, sans reconnaissance. Ils fuyaient un dictateur — et ils se sont retrouvés traités comme des indésirables par un pays qui, quelques mois plus tard, allait collaborer sans honte avec ce même dictateur1.
C’est ça, Franco. Pas une “figure historique mal comprise”. Mais un homme dont le régime a brisé des vies par centaines de milliers. Primo de Rivera, lui, a fondé la Falange, un mouvement qui revendiquait ouvertement le fascisme : culte du chef, violence politique, haine de la démocratie. Aucune ambiguïté. Tout est écrit noir sur blanc. Et Pétain, célébré le 15 novembre ? Ce n’est pas un “vieil homme qu’on a mal jugé”. C’est le visage de Vichy :
– lois antisémites écrites en France,
– rafles exécutées par des policiers français,
– enfants livrés aux nazis,
– résistants traqués,
– collaboration assumée, volontaire, revendiquée.
Et n’oublions pas : pendant la guerre d’Espagne, Pétain et son entourage n’ont rien fait pour aider les Républicains espagnols. Ils ont fermé les yeux, laissé mourir une démocratie, laissé Franco écraser un peuple qui demandait simplement le droit de vivre libre. Aucune solidarité. Aucun soutien. Rien que du silence et de l’indifférence.
Alors oui, je suis en colère. Parce qu’une messe pour Franco ou pour Pétain, ce n’est pas un “événement religieux privé”. C’est un test politique. Un moyen de voir jusqu’où la société est prête à laisser glisser la mémoire. On ne réhabilite pas un dictateur d’un seul coup : on commence par le faire revenir discrètement, par le présenter sous un angle “respectable”. On teste. On observe. On voit si ça passe.
Je respecte la foi. Je respecte les croyants. Mais je refuse de respecter la manipulation.
Je refuse la banalisation. Je refuse qu’on repeigne des criminels en figures honorables.
Je ne cherche pas le clash. Je ne provoque pas. Je rappelle l’Histoire, simplement, fermement. Parce que si on l’abandonne, d’autres s’empresseront de la tordre.
On n’honore pas un dictateur. On n’honore pas un collaborateur. On n’honore pas un fasciste. Jamais ! Qu’on ne vienne pas me dire, dans quelques années, qu’on “n’avait pas vu venir”. Le 29 novembre, certains honoreront Franco. Moi, j’honore ses victimes : les Républicains espagnols chassés par la terreur, les familles enfermées dans les camps français, les travailleurs forcés des CTE puis des Groupements de Travailleurs Etrangers (GTE), les résistants pourchassés par Vichy, et tous ceux qu’on tente aujourd’hui de reléguer dans le silence.
Je n’ai pas la mémoire courte. Et je ne laisserai pas ceux qui l’ont nous entraîner vers l’oubli.
Anthony Guillien
1 – Le 30 octobre 1940, un peu plus de quatre mois après la signature de l’armistice (22 juin 1940), le maréchal Pétain annonce officiellement l’entrée de la France dans la « collaboration » avec le IIIe Reich.


Bravo! Merci pour ces rappels historiques et ces indignations.
On ne peut que rappeler la situation actuelle : l’injustice sociale grandissante, la banalisation et la montée en puissance des droites, les politiques d’armement et les appels à la guerre.
Merci d’être là.
Saludos!