{"id":3959,"date":"2015-05-28T13:00:28","date_gmt":"2015-05-28T12:00:28","guid":{"rendered":"https:\/\/coordination-caminar.org\/blg\/?p=3959"},"modified":"2022-12-12T10:25:46","modified_gmt":"2022-12-12T09:25:46","slug":"journees-caminar-2014-la-memoire-historique-dans-lexil-republicain-en-france-depuis-75-ans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/coordination-caminar.org\/blg\/journees-caminar-2014-la-memoire-historique-dans-lexil-republicain-en-france-depuis-75-ans\/","title":{"rendered":"JOURN\u00c9ES CAMINAR 2014 &#8211; La m\u00e9moire historique dans l\u2019exil r\u00e9publicain en France depuis 75 ans"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify;\">la m\u00e9moire de l\u2019exil r\u00e9publicain<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce d\u00e9but du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la m\u00e9moire de l\u2019exil r\u00e9publicain en France pr\u00e9sente des caract\u00e9ristiques li\u00e9es tant \u00e0 la longue histoire de cette m\u00e9moire qu\u2019au contexte m\u00e9moriel fran\u00e7ais dans lequel elle s\u2019inscrit. La premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration avait des m\u00e9moires diverses, plurielles, refl\u00e9tant les divisions du camp r\u00e9publicain&nbsp;; mais c\u2019\u00e9taient des m\u00e9moires de combattants, des m\u00e9moires de lutte. Des m\u00e9moires de vaincus, mais des m\u00e9moires de militants. Une partie de la seconde g\u00e9n\u00e9ration, influenc\u00e9e par le contexte m\u00e9moriel international et fran\u00e7ais, a parfois la tentation de porter des m\u00e9moires par procuration qui, souvent, tiennent lieu de l\u2019identit\u00e9 politique manquante dans le monde pr\u00e9sent. Pour cela, l\u2019aspect caract\u00e9ristique de ce type de m\u00e9moire est la victimisation et la m\u00e9moire se convertit en une m\u00e9moire de victimes, non de combattants.<!--more--><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">Le contexte m\u00e9moriel en Espagne et en France<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut rappeler bri\u00e8vement les contextes espagnols et fran\u00e7ais dans lesquels s\u2019inscrit la m\u00e9moire de l\u2019exil. Dans l\u2019Espagne franquiste, les r\u00e9publicains&nbsp;: des vaincus dont il fallait effacer toute trace. Pendant des ann\u00e9es \u2013 au moins jusqu\u2019au milieu des ann\u00e9es soixante&nbsp;\u2013, la seule vision autoris\u00e9e de la guerre d\u2019Espagne \u00e9tait, celle d\u2019une \u00ab Croisade espagnole\u00bb contre l\u2019ath\u00e9isme. Puis le franquisme parla d\u2019une \u00ab guerre de lib\u00e9ration \u00bb. Et il s\u2019agissait d\u2019\u00e9radiquer toute trace de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire des vaincus de la Guerre civile \u2013 et, particuli\u00e8rement celle des exil\u00e9s r\u00e9publicains \u2013 fut ainsi ensevelie pendant des d\u00e9cennies sous la propagande franquiste. Les r\u00e9publicains espagnols \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme de dangereux \u00ab rouges \u00bb, qu\u2019il fallait impitoyablement pourchasser et dont il fallait supprimer jusqu\u2019au souvenir. D\u2019ailleurs, le r\u00e9gime, non content d\u2019exercer une forte r\u00e9pression par rapport \u00e0 ses opposants rest\u00e9s dans la P\u00e9ninsule, n\u2019a cess\u00e9 de poursuivre de sa vindicte les exil\u00e9s eux-m\u00eames, ne cessant de faire pression sur les pays d\u2019exil, particuli\u00e8rement sur les gouvernements fran\u00e7ais, pour que les exil\u00e9s soient surveill\u00e9s, r\u00e9prim\u00e9s, voire extrad\u00e9s pendant la p\u00e9riode vichyste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s le retour de la d\u00e9mocratie en Espagne, ce n\u2019est que progressivement que l\u2019histoire de la guerre et de l\u2019exil a ressurgi. Mais, ce n\u2019est qu\u2019au XXIe si\u00e8cle que l\u2019exil et la r\u00e9pression franquiste sont v\u00e9ritablement entr\u00e9s dans le d\u00e9bat public La loi de M\u00e9moire historique adopt\u00e9e en 2007 permet certaines avanc\u00e9es par rapport \u00e0 la reconnaissance des r\u00e9publicains pers\u00e9cut\u00e9s par le franquisme mais, du fait de la loi d\u2019amnistie de 1977, les sentences des tribunaux d\u2019exception qui s\u2019\u00e9taient \u00e9rig\u00e9s en juges des \u00ab&nbsp;d\u00e9lits politiques&nbsp;\u00bb ne sont toujours pas abrog\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En France&nbsp;: les r\u00e9publicains espagnols du statut d\u2019 \u00ab&nbsp;ind\u00e9sirables&nbsp;\u00bb \u00e0 celui d\u2019anciens combattants oubli\u00e9s<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En France, quel \u00e9cho rencontra la voix des vaincus de la guerre d\u2019Espagne&nbsp;? En 1939, pratiquement aucun, sauf dans les secteurs de la classe politique et de l\u2019opinion publique fran\u00e7aises qui avaient soutenu la R\u00e9publique espagnole. Pour les pouvoirs publics, les r\u00e9publicains espagnols qui cherchaient refuge sur le territoire fran\u00e7ais \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00e9trangers \u00ab&nbsp;ind\u00e9sirables&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car on retrouvait en 1939, en France, les m\u00eames clivages qui avaient d\u00e9chir\u00e9 l\u2019opinion publique et la classe politique pendant la guerre d\u2019Espagne. Si une partie de la population et de la classe politique demandait que l\u2019on accueill\u00eet dignement les \u00ab&nbsp;combattants de la libert\u00e9&nbsp;\u00bb, d\u2019autres secteurs de l\u2019opinion ne cachaient pas leur inqui\u00e9tude face \u00e0 ce flot de r\u00e9fugi\u00e9s jug\u00e9s souvent inqui\u00e9tants et se d\u00e9claraient favorables \u00e0 des mesures de contr\u00f4le, tandis qu\u2019une frange extr\u00e9miste affichait sa haine et son m\u00e9pris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la Lib\u00e9ration, les r\u00e9publicains espagnols \u2013 qui avaient combattu au coude \u00e0 coude avec les Fran\u00e7ais dans les maquis \u2013 furent soutenus par les gouvernements fran\u00e7ais issus de la R\u00e9sistance. Et il y eut, pendant plusieurs ann\u00e9es, jusqu\u2018au d\u00e9but de 1948, une sympathie active des gouvernements fran\u00e7ais, intervenant \u00e0 l\u2019ONU, fermant la fronti\u00e8re avec l\u2019Espagne et appelant \u00e0 ne pas reconna\u00eetre le r\u00e9gime franquiste. Mais la survenue de la guerre froide, les changements de majorit\u00e9 politique, le souci des pays anglo-saxons, mais \u00e9galement de l\u2019URSS, de ne pas provoquer de bouleversements dans la P\u00e9ninsule ib\u00e9rique, puis l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Espagne franquiste \u00e0 l\u2019ONU en 1955, firent que la voix des r\u00e9publicains espagnols se heurta peu \u00e0 peu \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1950, la vie politique fran\u00e7aise se trouvait fortement marqu\u00e9e par la guerre froide, exacerb\u00e9e par le d\u00e9clenchement de la guerre de Cor\u00e9e, et l\u2019on redoutait une vaste entreprise de subversion communiste. Ce qui aboutit \u00e0 l\u2019interdiction de toutes les organisations communistes espagnoles de l\u2019exil, et notamment de l\u2019Amicale des anciens FFI et r\u00e9sistants espagnols qui portait la m\u00e9moire d\u2019une grande partie de la lutte arm\u00e9e men\u00e9e en France par les Espagnols pendant l\u2019Occupation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En cette m\u00eame ann\u00e9e 1950, le r\u00e9gime franquiste remportait ses premiers succ\u00e8s internationaux : les \u00c9tats-Unis consentaient un pr\u00eat en ao\u00fbt et, en novembre, l&rsquo;ONU annulait sa r\u00e9solution du 12 d\u00e9cembre 1946, ce qui laissait ses pays membres libres de r\u00e9tablir des relations diplomatiques avec l&rsquo;Espagne. De ce fait, les relations diplomatiques furent r\u00e9tablies entre la France et l&rsquo;Espagne en janvier 1951.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;\u00c0 peine plus de cinq ans apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale, l\u2019\u00e9tablissement de relations normales entre les deux pays ne pouvait que marginaliser les r\u00e9publicains espagnols. Vaincus en Espagne, ils \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s \u00e0 certains \u00e9gards comme encombrants en France. Les exigences du pragmatisme politique d\u2019\u00c9tat l\u2019emportaient ensuite sur toute autre consid\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec l\u2019instauration de la Ve R\u00e9publique, les relations entre la France et l\u2019Espagne franquiste connurent encore une autre tonalit\u00e9 et un resserrement sensible. La guerre d\u2019ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne accroissait encore les possibilit\u00e9s de pression de Franco sur le gouvernement fran\u00e7ais et les r\u00e9publicains espagnols furent l\u2019objet de v\u00e9ritables tractations entre la France et l\u2019Espagne, en \u00e9change de la surveillance dans la P\u00e9ninsule d\u2019activistes partisans de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. Aussi, en 1961, les principaux journaux de l\u2019exil, socialistes et anarchistes, fond\u00e9s en 1944 au moment de la Lib\u00e9ration, furent-ils interdits. L\u2019expression publique des exil\u00e9s espagnols se trouvait singuli\u00e8rement r\u00e9duite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;Aussi, pendant des d\u00e9cennies, la participation des Espagnols \u00e0 la Seconde Guerre mondiale aux c\u00f4t\u00e9s des Fran\u00e7ais \u2013 et particuli\u00e8rement \u00e0 la R\u00e9sistance \u2013 a \u00e9t\u00e9 longtemps un fait peu connu, oubli\u00e9 des historiens fran\u00e7ais jusqu&rsquo;\u00e0 une date fort r\u00e9cente<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> et en tout cas largement absent de la m\u00e9moire collective fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9moire combattante a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9e en 1994 \u00e0 Prayols, dans l\u2019Ari\u00e8ge, au plus haut niveau gouvernemental, mais cantonn\u00e9e dans un aspect local et partiel. La prise en compte de l\u2019exil r\u00e9publicain dans sa globalit\u00e9 fut plus tardive. Ce ne fut qu\u2019en 1999, avec le 60e anniversaire de la Retirada et les importantes manifestations organis\u00e9es dans la ville d\u2019Argel\u00e8s-sur-Mer en septembre, que deux ministres sont venues prendre acte officiellement des d\u00e9plorables conditions de l\u2019exode r\u00e9publicain. Et il a fallu attendre le 60e anniversaire de la lib\u00e9ration de Paris, en 2004, pour que la capitale se souvienne du r\u00f4le jou\u00e9 par les r\u00e9publicains espagnols.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;\u00c0 partir de cette date d\u2019ailleurs, l\u2019on peut constater que, si rien ne s\u2019est pass\u00e9 au niveau national avant le 25 ao\u00fbt 2014, diverses autorit\u00e9s r\u00e9gionales et d\u00e9partementales ont organis\u00e9 des hommages publics aux r\u00e9publicains espagnols, notamment en Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es (Toulouse en 2004 et 2005), en Aquitaine en 2005 ou en Languedoc-Roussillon en 2009. Sans doute, en consid\u00e9ration du poids \u00e9lectoral repr\u00e9sent\u00e9 par les descendants de l\u2019exil espagnol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;Les raisons de cet \u00ab&nbsp;oubli historique&nbsp;\u00bb sont multiples mais ce trou m\u00e9moriel s\u2019explique d\u2019abord par la mani\u00e8re dont la France a tr\u00e8s vite \u00e9crit, fix\u00e9 pour des ann\u00e9es, sa propre histoire de ces ann\u00e9es-l\u00e0&nbsp;: les m\u00e9moires dominantes de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les courants gaulliste et communiste, ont m\u00e9connu ou minimis\u00e9 la participation des \u00e9trangers \u00e0 la R\u00e9sistance<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce long effacement m\u00e9moriel a \u00e9galement des causes issues des exil\u00e9s espagnols eux-m\u00eames. Les antagonismes politiques mis au jour pendant la guerre de 1936-1939 et exacerb\u00e9s dans l\u2019exil ont assur\u00e9ment emp\u00each\u00e9 la constitution d\u2019une m\u00e9moire commune. Au-del\u00e0 des clivages, la pr\u00e9occupation principale des r\u00e9fugi\u00e9s espagnols \u00e9tait l&rsquo;Espagne. La participation \u00e0 la R\u00e9sistance en France n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 pour beaucoup qu&rsquo;une \u00e9tape moralement et politiquement oblig\u00e9e dans la longue marche qui devait aller de l&rsquo;exode \u00e0 la \u00ab&nbsp;reconqu\u00eate&nbsp;\u00bb de l&rsquo;Espagne. Apr\u00e8s 1945, l\u2019activit\u00e9 militante des exil\u00e9s espagnols est rest\u00e9e centr\u00e9e sur la lutte antifranquiste. Le temps \u00e9tait au combat contre la dictature et non \u00e0 la construction d\u2019une m\u00e9moire historique.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">&nbsp;Une historiographie lente \u00e0 se constituer<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est seulement \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960 que des responsables politiques ou syndicaux, des \u00e9crivains ou de simples acteurs des \u00e9v\u00e9nements se sont mis \u00e0 \u00e9crire. La grande majorit\u00e9 de ces r\u00e9cits concernait les camps d&rsquo;internement en France et en Alg\u00e9rie, les camps d&rsquo;extermination nazis, et, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;ensemble des ann\u00e9es de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, marqu\u00e9es par la difficile arriv\u00e9e en France, le travail plus ou moins forc\u00e9 dans les Compagnies de travailleurs \u00e9trangers, la guerre dans des unit\u00e9s militaires fran\u00e7aises, l&rsquo;engagement dans la R\u00e9sistance ou la d\u00e9portation. Le plus douloureux du drame des r\u00e9publicains espagnols est ainsi ressorti en premier au grand jour, mais avec une distance temporelle tr\u00e8s grande. Puis, vers la fin de la dictature franquiste, de nombreux t\u00e9moignages apparurent, en France et, enfin, en Espagne m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;Les premi\u00e8res \u00e9tudes historiques, quant \u00e0 elles, n\u2019ont commenc\u00e9 \u00e0 para\u00eetre qu&rsquo;au cours des ann\u00e9es 1970. Mais l\u2019on peut dater le v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;d\u00e9collage historiographique&nbsp;\u00bb, en France comme en Espagne, que bien plus tardivement, au tournant des ann\u00e9es 1980 et 1990. Les \u00e9tudes historiques proprement dites se sont d\u00e9velopp\u00e9es surtout \u00e0 partir du cinquantenaire de la Retirada. Depuis lors, les recherches historiques ont connu une intensification consid\u00e9rable. La coop\u00e9ration entre historiens espagnols et fran\u00e7ais s\u2019est effectu\u00e9e d\u2019embl\u00e9e.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">&nbsp;Une m\u00e9moire vive<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le long processus de r\u00e9\u00e9mergence de la m\u00e9moire de l\u2019exil r\u00e9publicain espagnol, la fin du XXe si\u00e8cle constitue un moment-charni\u00e8re. Le 60e anniversaire de la Retirada, en 1999, a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de manifestations significatives, en France comme en Espagne. Dans la P\u00e9ninsule, en 1999, une s\u00e9rie de colloques s\u2019est tenue dans les principales villes universitaires pour \u00e9tudier les cultures de l\u2019exil et en faire conna\u00eetre les productions et les r\u00e9alisations. Des manifestations importantes se sont tenues dans les Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, \u00e0 Perpignan mais surtout \u00e0 Argel\u00e8s avec une semaine enti\u00e8re de rencontres, conf\u00e9rences, expositions et spectacles. Deux ministres \u2013 dont le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Anciens combattants \u2013 sont venus inaugurer une plaque de rue d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la Retirada et un monolithe sur la plage, \u00e0 l\u2019emplacement de l\u2019ancien camp ; un ch\u00eane fut plant\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire des enfants enterr\u00e9s dans l\u2019ancien cimeti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette importante manifestation a commenc\u00e9 \u00e0 mettre en \u00e9vidence que la m\u00e9moire des r\u00e9publicains espagnols \u00e9tait dor\u00e9navant port\u00e9e par les \u00ab h\u00e9ritiers de l\u2019exil \u00bb, les filles et fils de r\u00e9publicains. La seconde g\u00e9n\u00e9ration issue de l\u2019exil portait ainsi la m\u00e9moire des acteurs de la guerre d\u2019Espagne, de l\u2019antifranquisme et de l\u2019exil. Les rangs de la g\u00e9n\u00e9ration arriv\u00e9e adulte en France devenant de plus en plus clairsem\u00e9s, c\u2019\u00e9tait une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration qui \u00e9tait porteuse de cette m\u00e9moire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une m\u00e9moire \u00e0 vif, car longtemps oblit\u00e9r\u00e9e, voire occult\u00e9e, tant en Espagne qu\u2019en France, est ainsi en cours de forte \u00e9mergence et de visibilit\u00e9 notable en cette premi\u00e8re d\u00e9cennie du XXIe si\u00e8cle. Les importantes manifestations organis\u00e9es en 2009, pour le 70e anniversaire de la Retirada, dans plusieurs d\u00e9partements<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> en t\u00e9moignent.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">&nbsp;Les m\u00e9moires de l\u2019exil r\u00e9publicain en France<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;\u00ab&nbsp;M\u00e9moires de l\u2019oubli&nbsp;\u00bb&nbsp;: la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration. La m\u00e9moire a jou\u00e9 un r\u00f4le fondamental dans l\u2019exil r\u00e9publicain, bien qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 loin d\u2019\u00eatre commune.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">M\u00e9moires de la p\u00e9riode r\u00e9publicaine<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les jugements relatifs \u00e0 la Seconde R\u00e9publique et les h\u00e9ritages revendiqu\u00e9s \u00e9taient diff\u00e9rents selon les courants id\u00e9ologiques et, parfois, fortement antagoniques&nbsp;: les uns revendiquaient la IIe R\u00e9publique et voulaient la r\u00e9tablir, les autres s\u2019interrogeaient sur le type de r\u00e9gime \u00e0 \u00e9tablir apr\u00e8s la chute du franquisme. L\u2019activit\u00e9 politique de l\u2019exil a, en effet, \u00e9t\u00e9 fortement marqu\u00e9e par les d\u00e9bats relatifs \u00e0 la R\u00e9publique et \u00e0 son h\u00e9ritage. D\u2019abord, pendant la guerre mondiale, il s\u2019agissait d\u2019une m\u00e9moire instrumentalis\u00e9e pour des objectifs politiques. Il n\u2019est pas indiff\u00e9rent que les d\u00e9buts de la presse clandestine espagnole sous l\u2019Occupation se soient situ\u00e9s sous les auspices de la R\u00e9publique. La m\u00e9moire de celle-ci a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans les premiers bulletins clandestins, notamment \u00e0 Toulouse. Ensuite, des institutions r\u00e9publicaines ont \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9es. M\u00eame si l\u2019ann\u00e9e 1947 marque la fin de l\u2019espoir de voir la R\u00e9publique r\u00e9tablie et si les institutions perdurent comme simple symbole, celles-ci ont probablement contribu\u00e9 \u00e0 la persistance d\u2019une m\u00e9moire historique de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le domaine culturel, la m\u00e9moire de la R\u00e9publique a nourri l\u2019intense activit\u00e9 des exil\u00e9s car il s\u2019agissait d\u2019une m\u00e9moire identitaire. Les premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019exil, les activit\u00e9s culturelles s\u2019inscrivaient dans la continuit\u00e9 de celles de la R\u00e9publique&nbsp;: comme dans les ann\u00e9es 1930, la lutte contre le franquisme passait par le combat pour la d\u00e9fense de la culture. L\u2019exil se pr\u00e9sentait comme une r\u00e9sistance culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la m\u00e9moire avait, dans l\u2019exil, une forme ritualis\u00e9e par des comm\u00e9morations. Tout au long de l\u2019exil, surtout jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1960, les journaux et revues accordaient une importance constante et r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 la m\u00e9moire historique. L\u2019objectif \u00e9tait de faire revivre pour les lecteurs le souvenir de personnalit\u00e9s de la culture hispanique et d\u2019\u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents de l\u2019histoire nationale qui avaient valeur de symbole, comme le 14 avril 1931 ou le 19 juillet 1936. La presse de l\u2019exil c\u00e9l\u00e9brait unanimement Cervant\u00e8s, Goya, Lorca ou Machado et \u00e9voquait, \u00e0 la date-anniversaire de leur disparition, selon les tendances politiques, le souvenir de militants, de responsables de partis ou d\u2019hommes politiques embl\u00e9matiques d\u2019une juste cause (par exemple, selon les journaux, Pablo Iglesias, Francisco Largo Caballero, Juli\u00e1n Besteiro, Salvador Segu\u00ed, Buenaventura Durruti, ou Llu\u00eds Companys). M\u00eame si, il convient de le souligner, progressivement, avec la prolongation ind\u00e9finie de l\u2019exil, les comm\u00e9morations et les rites m\u00e9moriels prenaient, dans la presse de l\u2019exil, la place des textes programmatiques ou des propositions d\u2019action.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">M\u00e9moires de l\u2019exil<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019exil, s\u2019est cr\u00e9\u00e9e \u00e9galement une m\u00e9moire des \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus depuis le d\u00e9part d\u2019Espagne, qui s\u2019ajouta \u00e0 la m\u00e9moire de la p\u00e9riode ant\u00e9rieure. La m\u00e9moire de l\u2019exil s\u2019est aliment\u00e9e de ces \u00e9v\u00e9nements&nbsp;: camps de concentration \u2013 toujours d\u00e9sign\u00e9s avec les termes utilis\u00e9s au d\u00e9but par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises et employ\u00e9 dans leur pays d\u2019origine \u2013, travail militaris\u00e9 et engagement dans de nouveaux combats. Cependant, dans l\u2019abondante presse de l\u2019exil, les pr\u00e9occupations \u00e9taient essentiellement d\u2019ordre politique et culturel. Le fait de ne pas \u00e9voquer dans cette presse les difficult\u00e9s v\u00e9cues dans l\u2019exil, notamment dans les camps, n\u2019\u00e9tait pas uniquement d\u00fb \u00e0 une certaine autocensure par rapport aux autorit\u00e9s fran\u00e7aises. On y parlait peu des camps et quand ceux-ci \u00e9taient \u00e9voqu\u00e9s, ou alors les Compagnies de travailleurs \u00e9trangers, les auteurs le faisaient avec une certaine ironie ou avec une distance affirm\u00e9e. On demandait au gouvernement en exil de faire, pour une \u00e9valuation pr\u00e9cise, la liste des r\u00e9fugi\u00e9s morts dans les camps et on estimait tr\u00e8s utile de faire l\u2019histoire des Compagnie de travailleurs \u00e9trangers (CTE), non pour faire montre d\u2019animosit\u00e9 ou en r\u00e9crimination, mais pour servir \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019exil et \u00e9crire le \u00ab&nbsp;Livre de la mort, le livre du travail et le livre de la gloire<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> \u00bb.&nbsp; Les livres publi\u00e9s ou impuls\u00e9s par des auteurs appartenant \u00e0 la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration ne se situaient pas sur le terrain de la victimisation&nbsp;: il s\u2019agissait de sortir de l\u2019oubli l\u2019histoire des combattants. Dans l\u2019un des livres de t\u00e9moignages collectifs publi\u00e9s en France sur la p\u00e9riode de la Seconde Guerre mondiale \u2013 les camps, la participation des r\u00e9publicains espagnols \u00e0 la guerre aux c\u00f4t\u00e9s des Alli\u00e9s et \u00e0 la R\u00e9sistance \u2013, Memorias del olvido, \u00e9dit\u00e9 en 1996 \u00e0 Paris<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, Francisca Merch\u00e1n Tejero, \u00ab&nbsp;Paquita&nbsp;\u00bb, vice-pr\u00e9sidente de la FACEEF \u2013 qui avait pay\u00e9 durement son militantisme en Espagne par des ann\u00e9es de prison \u2013 disait en ouverture du colloque&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes r\u00e9unis aujourd\u2019hui non pour rendre hommage aux Espagnols d\u2019alors, mais pour que l\u2019Histoire ne les fasse pas passer dans un oubli d\u00e9finitif, ce qui serait comme les tuer une seconde fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette salle de nombreux survivants sont pr\u00e9sents, qui vont pouvoir intervenir sur le pourquoi de la R\u00e9sistance espagnole en terre de France [\u2026] sur les motifs de leur d\u00e9portation [\u2026] [Nous voulons] que soient connues les raisons qui motiv\u00e8rent des milliers d\u2019Espagnols, femmes et hommes, \u00e0 donner g\u00e9n\u00e9reusement leur vie et leur futur<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> [\u2026].&nbsp;\u00bb.&nbsp; Plus que d\u2019un hommage, il s\u2019agissait de sortir de l\u2019oubli ces femmes et ces hommes qui avaient lutt\u00e9 pour leurs id\u00e9aux et de faire conna\u00eetre leurs motivations. Les r\u00e9sistants savaient pourquoi ils luttaient, leur combat avait un sens. Le travail de m\u00e9moire consistait \u00e0 rappeler les motifs de la lutte.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">&nbsp;Le nouveau contexte m\u00e9moriel en France<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">La disparition progressive de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019exil, celle qui avait v\u00e9cu la guerre en Espagne, mais aussi les changements dans le contexte politique international \u2013 avec ce que l\u2019on appelle la \u00ab&nbsp;mort des id\u00e9ologies&nbsp;\u00bb \u2013 ont pu changer insensiblement la nature de la m\u00e9moire d\u2019une partie de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019exil. Et l\u2019on a assist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de diff\u00e9rentes attitudes m\u00e9morielles. De nombreux descendants de l\u2019exil et diverses associations se sont employ\u00e9s \u00e0 la fois \u00e0 pr\u00e9server la m\u00e9moire des luttes du pass\u00e9 \u2013 les uns pour rappeler les r\u00e9alisations de la R\u00e9publique ou d\u2019autres pour \u00e9voquer les essais de changements r\u00e9volutionnaires de la soci\u00e9t\u00e9 espagnole \u2013 et, en m\u00eame temps, \u00e0 mettre en pratique les id\u00e9aux et les valeurs de leurs parents, en \u00e9largissant leurs activit\u00e9s par des engagements dans le pr\u00e9sent. D\u2019autres associations, peut-\u00eatre les plus visibles jusqu\u2019\u00e0 maintenant, se sont centr\u00e9es exclusivement sur le pass\u00e9, avec une ferveur toute particuli\u00e8re pour les comm\u00e9morations et la conqu\u00eate d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie m\u00e9morielle. En effet, le contexte m\u00e9moriel en France et dans de nombreux pays a connu des \u00e9volutions. Beaucoup de pays connaissent une exigence de m\u00e9moire historique, particuli\u00e8rement les pays qui ont v\u00e9cu un syst\u00e8me social d\u2019apartheid comme l\u2019Afrique du Sud ou une dictature comme plusieurs pays d\u2019Am\u00e9rique latine. Et m\u00eame s\u2019il s\u2019agit v\u00e9ritablement, en ce qui concerne les questions m\u00e9morielles, d\u2019un \u00ab&nbsp;processus mondialis\u00e9<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>&nbsp;\u00bb, le contexte fran\u00e7ais poss\u00e8de ses sp\u00e9cificit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970, le mod\u00e8le jacobin de la nation fran\u00e7aise, unie par-dessus les diff\u00e9rences d\u2019origines, a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019effriter&nbsp;: ainsi, pour la premi\u00e8re fois \u2013 depuis la \u00ab&nbsp;guerre des 6 jours&nbsp;\u00bb de 1967 \u2013 des Fran\u00e7ais ont revendiqu\u00e9 leur identit\u00e9 juive<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Progressivement, s\u2019est cr\u00e9\u00e9e \u2013 comme l\u2019\u00e9crit Esther Benbassa \u2013 \u00ab&nbsp;ce qui a pu \u00eatre appel\u00e9e la religion civile de la Shoah, avec ses comm\u00e9morations, ses rites et ses saints<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>&nbsp;\u00bb. Comme la France sortait alors des guerres coloniales et avait de grandes difficult\u00e9s \u00e0 int\u00e9grer les nombreux habitants venus des anciennes colonies, il s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9, depuis les ann\u00e9es 1990, une intense concurrence de m\u00e9moires<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. La m\u00e9moire juive s\u2019est convertie en paradigme, en mod\u00e8le, de \u00ab&nbsp;r\u00e9gime victimo-m\u00e9moriel&nbsp;\u00bb et les autres groupes qui se sentaient une identit\u00e9 particuli\u00e8re \u2013 comme les descendants d\u2019Arm\u00e9niens, d\u2019esclaves ou de colonis\u00e9s \u2013 commenc\u00e8rent \u00e0 appara\u00eetre dans l\u2019espace public. De fait, comme le dit tr\u00e8s bien Esther Benbassa, \u00ab&nbsp;avec l\u2019\u00e9chec des id\u00e9ologies, les luttes sociales se sont orient\u00e9es vers des luttes identitaires dans lesquelles le devoir de m\u00e9moire est l\u2019expression accomplie<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>&nbsp;\u00bb. Ainsi, dit-elle, \u00ab&nbsp;la m\u00e9moire de la Shoah servit d\u2019exemple \u00e0 diff\u00e9rents groupes qui, \u00e0 juste titre, demandent que leur m\u00e9moire de souffrance trouve sa place dans la m\u00e9moire collective fran\u00e7aise<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;lobbying m\u00e9moriel \u00bb s\u2019est ainsi mis en marche, depuis le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle. Aussi, peut-on parler en France \u2013 bien que cette expression puisse s\u2019\u00e9tendre au monde occidental \u2013 \u00e0 une \u00ab&nbsp;obsession m\u00e9morielle&nbsp;\u00bb, une \u00ab&nbsp;fi\u00e8vre m\u00e9morielle&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Le t\u00e9moin, de plus en plus identifi\u00e9 \u00e0 une victime, devient une ic\u00f4ne vivante et, comme le dit Enzo Traverso, \u00ab&nbsp;dans une \u00e9poque d\u2019humanitarisme, [\u2026] il n\u2019y a plus de vaincus mais seulement des victimes&nbsp;\u00bb. Il existe des conflits entre les m\u00e9moires et \u00ab&nbsp;ce r\u00e9gime victimo-m\u00e9moriel octroie un pouvoir accru aux entrepreneurs de la m\u00e9moire, auxquels les politiques essaient de complaire pour des raisons \u00e9lectorales<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]. <\/a>Tandis que l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire suppose l\u2019utilisation de r\u00e8gles m\u00e9thodologiques rigoureuses et une certaine distanciation, la m\u00e9moire pure pr\u00e9vaut dans ce type d\u2019activit\u00e9. Et, comme le d\u00e9crit encore Esther Benbassa, \u00ab&nbsp;Le diktat des m\u00e9moires est un diktat implacable, culpabilisant, avec une multitude de devoirs de m\u00e9moire qui enferment dans un labyrinthe o\u00f9 la libert\u00e9 et la pens\u00e9e sont \u00e9touff\u00e9es. Surgissent, en m\u00eame temps les activistes de la m\u00e9moire, sorte de police qui impose ce qu\u2019il convient de faire ou pas, qui enregistre tout \u00e9loignement de la doxa, la doctrine, \u00e9tablie d\u2019avance<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le cas de l\u2019exil espagnol, il est certain que la reconnaissance de la m\u00e9moire bless\u00e9e de l\u2019exil et de son histoire oubli\u00e9e pendant si longtemps est parfaitement l\u00e9gitime. Mais l\u2019on a vu, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, certaines associations tomber dans la d\u00e9rive d\u00e9crite ci-dessus.&nbsp; Ce qui arrive parfois pr\u00e9sentement ce sont les discours victimaires mis en avant par le \u00ab&nbsp;nieto de republicano&nbsp;\u00bb, qui effacent par ailleurs la complexit\u00e9 du champ politique, comme le d\u00e9montre Odette Mart\u00ednez-Maler<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Des descendants de l\u2019exil peuvent ainsi, parfois, se convertir en \u00ab&nbsp;t\u00e9moins de t\u00e9moins&nbsp;\u00bb, \u00eatre \u00ab&nbsp;les t\u00e9moins par procuration d\u2019une histoire dont ils ont seulement connu des fragments de l\u00e9gende familiale&nbsp;\u00bb. Et, contrairement \u00e0 ce qui se passait dans la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, les r\u00e9publicains espagnols sont alors pr\u00e9sent\u00e9s comme des \u00ab&nbsp;victimes&nbsp;\u00bb et non comme des \u00ab&nbsp;combattants&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, tous les enjeux politiques de leur combat \u00e9tant \u00e9vacu\u00e9s pour laisser place \u00e0 la seule consid\u00e9ration des souffrances endur\u00e9es. Ainsi, dans certaines associations m\u00e9morielles, \u00ab&nbsp;l\u2019image des r\u00e9fugi\u00e9s comme victimes joue un r\u00f4le cl\u00e9<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>&nbsp;\u00bb et les motivations des combats ont disparu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme l\u2019observe Esther Benbassa de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale pour diverses associations qui ne sont pas li\u00e9es \u00e0 l\u2019histoire espagnole, mais davantage li\u00e9es \u00e0 l\u2019esclavage et \u00e0 la colonisation : certaines associations ont cr\u00e9\u00e9 \u00ab&nbsp;une sorte de culte s\u00e9culier, avec des rites, des c\u00e9r\u00e9monies, des interdits exerc\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit de quiconque n\u2019accepterait pas leur h\u00e9g\u00e9monie<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>&nbsp;\u00bb. Remarque qui peut s\u2019appliquer \u00e0 certaines associations m\u00e9morielles espagnoles. Peut-on aller vers une \u00ab&nbsp;juste m\u00e9moire&nbsp;\u00bb&nbsp;? Les historiens r\u00e9fl\u00e9chissent \u00e9videmment beaucoup \u00e0 cette question. Comment sortir de l\u2019alternative \u00ab&nbsp;oubli&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;exc\u00e8s de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb&nbsp;? Comment prendre en compte les souffrances sans \u00e9vacuer les enjeux politiques&nbsp;? Comment trouver cette \u00ab&nbsp;juste m\u00e9moire&nbsp;\u00bb dans le cas de l\u2019exil espagnol&nbsp;? \u00c0 mon avis, deux appuis peuvent \u00eatre pr\u00e9cieux&nbsp;: le d\u00e9bat politique et le travail historique. Le premier, n\u00e9cessaire dans un cadre citoyen, permet de resituer les enjeux id\u00e9ologiques d\u2019une \u00e9poque, \u00e0 condition de l\u2019exercer dans le respect de la pluralit\u00e9 afin de ne pas s\u2019enfermer dans un pass\u00e9 r\u00e9volu et d\u2019adapter ces enjeux aux nouveaux d\u00e9fis du pr\u00e9sent. Dans le domaine des connaissances et de l\u2019\u00e9tude, le travail historique permet \u00e0 la fois de recueillir les m\u00e9moires plurielles mais aussi de \u00ab&nbsp;reconstituer comme un puzzle, avec la distanciation que requiert ce genre de travail, le contexte qui a rendu possible ces crimes et ces injustices<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0, de nombreuses associations de descendants de l\u2019exil espagnol, dont celles qui cr\u00e9ent aujourd\u2019hui la coordination Caminar, s\u2019efforcent d\u2019arriver \u00e0 cette \u00ab&nbsp;juste m\u00e9moire&nbsp;\u00bb de l\u2019histoire qu\u2019ont v\u00e9cue leurs parents, partageant ainsi, de fait, l\u2019opinion de Benjamin Stora, historien sp\u00e9cialiste de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, \u00e9v\u00e9nement qui constitue encore une blessure vive dans nombre de m\u00e9moires&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut trouver la juste m\u00e9moire, entre r\u00e9p\u00e9tition des guerres anciennes dans le pr\u00e9sent et oubli de faits qui peuvent conduire \u00e0 un r\u00e9visionnisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. [\u2026] Le travail historique aide \u00e0 sortir de ce dilemme entre exc\u00e8s et absence de m\u00e9moire. [\u2026] Mais l\u2019historien doit maintenir la porte ouverte aux controverses citoyennes et prendre en compte le contexte de son \u00e9poque afin de sortir des ranc\u0153urs du pass\u00e9 et des blessures m\u00e9morielles. En faisant cela, l\u2019historien recr\u00e9e sans cesse les instruments d\u2019un travail de m\u00e9moire jamais ferm\u00e9<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.&nbsp;\u00bb. Le travail d\u2019histoire comme le travail de m\u00e9moire ne sont jamais ni ferm\u00e9s ni termin\u00e9s. \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas de repos dans la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00e9crivait Albert Camus<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>Genevi\u00e8ve Dreyfus-Armand<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le premier colloque scientifique \u00e0 l&rsquo;\u00e9tudier est celui consacr\u00e9 aux <em>Italiens et Espagnols en France, 1938-1946<\/em> tenu \u00e0 Paris en novembre 1991 (publi\u00e9 sous le titre <em>Exils et migration, <\/em>chez L\u2019Harmattan, en 1994).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> St\u00e9phane Courtois, Denis Peschanski et Adam Rayski, <em>Le Sang de l&rsquo;\u00e9tranger : les immigr\u00e9s de la MOI dans la R\u00e9sistance<\/em>, Paris, Fayard, 1989.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne, Lot-et-Garonne, Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine, Loiret, Lot, entre autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>L\u2019Espagne r\u00e9publicaine<\/em>, n\u00b0 56, 20 juillet 1946.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Memorias del olvido. La contribuci\u00f3n de los Republicanos espa\u00f1oles a la Resistencia y a la Liberaci\u00f3n de Francia<\/em>, Paris, FACEEF (F\u00e9d\u00e9ration des associations et centres d\u2019Espagnols \u00e9migr\u00e9s en France), 1996.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Francisca Merch\u00e1n Tejero, \u201cApertura y objetivos\u201d, in <em>Memorias del olvido, op. cit., <\/em>p. 17 [palabras puestas en it\u00e1lico por la autora].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Benjamin Stora, \u00ab&nbsp;La France et \u00ab\u00a0ses\u00a0\u00bb guerres de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, in <em>Les Guerres de m\u00e9moires. La France et son histoire<\/em>, Pascal Banchard et Isabelle Veyrat-Masson (\u00e9ds),&nbsp;Paris, La D\u00e9couverte, 2008, p. 10.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Esther Benbassa, <em>La Souffrance<\/em><em> comme identit\u00e9<\/em>, Paris, Fayard, 2007 (Colecci\u00f3n Pluriel, 2010, p. 201).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Esther Benbassa, \u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.estherbenbassa.net\/SCANS\/JUSTEMEMOIRE.PDF\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">Juste m\u00e9moire\u00a0\u00bb ou raisonnable oubli<\/a>&nbsp;\u00bb, pr\u00e9face \u00e0 Johann Michel,&nbsp;<em>Gouverner les m\u00e9moires. Les politiques m\u00e9morielles en France<\/em>, Paris, PUF, 2010, pp. ix-xv.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Les Guerres de m\u00e9moires. La France et son histoire, op. cit. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Esther Benbassa, \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.estherbenbassa.net\/SCANS\/AQUISERT.PDF\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">\u00c0 qui sert la guerre des m\u00e9moires ?<\/a>&nbsp;\u00bb, in <em>Les Guerres de m\u00e9moires. La France et son histoire, op. cit., <\/em>p. 258.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> &nbsp;Esther Benbassa, \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.estherbenbassa.net\/SCANS\/CONCURRENCE.PDF\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">La concurrence des victimes<\/a>&nbsp;\u00bb, in <em>Culture post-coloniale, 1961-2006<\/em>, Pascal Blanchard et Nicolas Bancel (dir.), Paris, Autrement, 2006, pp. 102-112.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Enzo Traverso, <em>Le Pass\u00e9, modes d\u2019emploi&nbsp;; histoire, m\u00e9moire, politique, <\/em>Paris, La Fabrique \u00e9ditions, 2005, p. 12.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Esther Benbassa, \u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.estherbenbassa.net\/SCANS\/JUSTEMEMOIRE.PDF\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">Juste m\u00e9moire\u00a0\u00bb ou raisonnable oubli<\/a>&nbsp;\u00bb, <em>art. cit.,<\/em> p. XIV.<em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Esther Benbassa, \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.estherbenbassa.net\/SCANS\/CONCURRENCE.PDF\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">La concurrence des victimes<\/a>&nbsp;\u00bb, <em>art. cit<\/em>., p. 592.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Odette Martinez-Maler, \u00ab&nbsp;Passeur de m\u00e9moire et figure du pr\u00e9sent&nbsp;<em>: el nieto de republicano<\/em>&nbsp;\u00bb, in <em>Culture et m\u00e9moire. Repr\u00e9sentations contemporaines de la m\u00e9moire dans les espaces m\u00e9moriels, les arts du visuel, la litt\u00e9rature et le th\u00e9\u00e2tre<\/em>, Palaiseau, \u00c9ditions de l\u2019\u00c9cole Polytechnique, 2008, pp. 43-52.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Ibid., <\/em>p. 51.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Federica Luzi, \u00abLa reinvenci\u00f3n de la identidad colectiva de los descendientes de los refugiados espa\u00f1oles \u00bb, <em>Exilios y migraciones, <\/em>\u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Esther Benbassa, \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.estherbenbassa.net\/SCANS\/CONCURRENCE.PDF\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">La concurrence des victimes<\/a>&nbsp;\u00bb, <em>art. cit<\/em>., p. 590.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Ibid, <\/em>p. 591<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Benjamin Stora, \u00ab&nbsp;La France et \u00ab\u00a0ses\u00a0\u00bb guerres de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, <em>art. cit., <\/em>pp. 12-13.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Pierre Laborie, \u00ab&nbsp;M\u00e9moire et histoire&nbsp;\u00bb, in <em>Une Histoire d\u2018imposture, les habits neufs du stalinisme ou comment l\u2019apposition d\u2019une plaque sur une place publique de Cahors r\u00e9v\u00e8le des tentatives de manipulation m\u00e9morielle, <\/em>Collectif \u00ab&nbsp;Les Autres&nbsp;\u00bb, [Paris], Recherche et documentation d\u2019histoire contemporaine, 2012, pp. 233-234.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>la m\u00e9moire de l\u2019exil r\u00e9publicain En ce d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, la m\u00e9moire de l\u2019exil r\u00e9publicain en France pr\u00e9sente des 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